La flambée soudaine des prix du gaz en Europe, après l’escalade militaire au Moyen-Orient, dépasse largement le cadre d’une crise régionale. Elle agit comme un révélateur des fragilités énergétiques mondiales. Pour le Maroc, fortement dépendant des importations d’hydrocarbures, le choc est observé avec une vigilance particulière.
Ce lundi, le contrat de référence TTF néerlandais, baromètre du gaz en Europe, a bondi de plus de 22 pour cent, frôlant les 40 euros le mégawattheure. En toile de fond, l’attaque visant la raffinerie saoudienne de Rastanura et la paralysie du détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite près de 20 pour cent du pétrole mondial et du gaz naturel liquéfié. Des dizaines de tankers sont à l’arrêt, les assureurs hésitant à couvrir un risque de guerre en forte hausse.
Si l’Europe redoute une nouvelle crise énergétique, le Maroc n’est pas à l’abri des répercussions. Le Royaume importe l’essentiel de ses besoins en énergie, notamment en produits pétroliers et en gaz naturel. Dans ce contexte, le circuit d’approvisionnement du Maroc mérite d’être précisé. Le Royaume ne reçoit plus directement de gaz algérien depuis l’arrêt du transit via le gazoduc Maghreb Europe en 2021. Aujourd’hui, le gaz destiné au Maroc arrive sous forme liquéfiée dans des terminaux méthaniers espagnols, où il est regazéifié puis injecté dans le réseau gazier espagnol avant d’être acheminé vers le territoire national grâce à l’inversion du flux du gazoduc Maghreb Europe. Si l’Espagne continue par ailleurs d’importer du gaz algérien via le gazoduc sous-marin Medgaz, le gaz consommé au Maroc provient d’achats sur le marché international. Cette configuration rend le Royaume indirectement exposé aux tensions mondiales sur le gaz naturel liquéfié, notamment en cas de perturbations maritimes majeures comme celles qui affectent actuellement le Golfe.
Cette exposition aux marchés mondiaux signifie que toute tension durable sur les prix du GNL ou du brut se répercute mécaniquement sur la facture énergétique nationale. Une hausse prolongée du baril, déjà orienté vers les 80 dollars avec des projections à trois chiffres en cas d’escalade, pèserait sur les coûts d’importation, les charges des entreprises et, in fine, le pouvoir d’achat.
Pour autant, la situation marocaine diffère de celle de plusieurs pays européens. L’Union européenne, en cherchant à réduire sa dépendance au gaz russe, a massivement accru ses importations de GNL, notamment en provenance du Qatar. Or ces flux transitent précisément par le détroit d’Ormuz. En cas de blocage prolongé, l’impact serait immédiat sur l’approvisionnement européen.
Le Maroc, dont les volumes sont plus modestes et dont les achats sont diversifiés, subit davantage l’effet prix que le risque d’interruption physique à court terme. Mais la vulnérabilité structurelle demeure. Le Royaume importe plus de 90 pour cent de ses besoins énergétiques, ce qui rend chaque choc externe potentiellement déstabilisateur pour l’équilibre macroéconomique.
Cette nouvelle secousse géopolitique intervient alors que Rabat poursuit le développement de ses capacités en énergies renouvelables. Solaire, éolien et projets liés à l’hydrogène vert occupent une place croissante dans la stratégie énergétique nationale. Dans un environnement international de plus en plus imprévisible, cette orientation apparaît moins comme un choix environnemental que comme un impératif stratégique.
L’Europe craint un black-out industriel. Le Maroc, lui, observe et ajuste. La souveraineté énergétique ne relève plus seulement de la planification à long terme, mais d’une capacité d’anticipation face à des chocs brutaux et exogènes. Pour le Royaume, l’enjeu est clair. Limiter l’exposition aux turbulences mondiales tout en sécurisant une croissance encore largement dépendante des importations énergétiques.





